L’histoire du Kef

L’histoire du Kef

Une histoire riche

La succession de civilisations numides, arabes, en passant par romaines, a permis à la ville du Kef une évolution continue pendant plus de 3000 ans, participant activement à la formation de l’histoire tunisienne. Plongée au coeur de la vie politique et militaire, elle a marqué et influencé le futur des grandes villes de la Tunisie. Durant toute l’Antiquité, le Kef était un grand siège politique et militaire qui a laissé de nombreuses traces. Renommée Sicca Veneria à l’époque, on y fit construire les monuments d’aujourd’hui comme les nombreux thermes romains ainsi que la basilique Dar El Kous. Elle est, et fut depuis toujours, un lieu de culte. A l’époque païenne, on y adorait la déesse des eaux, l’altitude de la ville ayant fait naître de multiples vénérations. Elle devint une importante métropole maraboutique et confrérique à la fin du XVIIIème siècle. Aujourd’hui, Le Kef demeure une cité-histoire au passé glorieux, dominée par la religion et le soufisme en particulier.

Les premiers peuplements (Préhistoire)

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De nombreux indices archéologiques permettent d’affirmer que la région du Kef était le véritable berceau de l’histoire de la Tunisie. C’est sur le site de Sidi Zin, dans la vallée de l’Oued Mellègue, que des bifaces et autres gisements de l’ère Paléolithique ont été retrouvés, indiquant la première présence d’homo erectus du pays. Les conditions étaient idéales, avec la richesse du végétal, du gibier, et de l’eau.

L’homme préhistorique se déplacera par la suite au Sidi Mansour, comme l’indiquent les peintures néolithiques sous roche encore visibles aujourd’hui. Cette occupation dense et prolongée peut s’expliquer par l’abondance des cours d’eau et des sources. Le cœur même de la ville a été colonisé autour de la source Ras el Ain, grâce au potentiel prometteur de l’agriculture. Cette ressource hydrologique donnera naissance à l’importance du sacré et du culte au Kef.

Ce culte se matérialise par la Sainte gardienne des eaux, plus connue aujourd’hui sous le nom de Lalla Mna. La révélation du sacré se poursuit aussi par un attachement magico-religieux à travers des lieux de culte naturels comme les grottes.

Ces premières implantations urbaines se reflètent également par les nombreuses sépultures et vestiges mégalithiques qui laissent imaginer un éloignement rural et une expansion prospère. Il faudra attendre plusieurs siècles pour distinguer une réelle construction de la ville.

Sous contrôle numide (IIIème-Ier av. JC)

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La ville apparaît au IIIème siècle av. J.-C. sous le nom de Cirta, à ne pas confondre avec l’actuelle Constantine (Algérie), également nommée Cirta. Le nom lui vient d’Ashtar (a-chirta), déesse de l’amour, de la fécondité et de la mer. C’est la richesse en eau du site qui donne naissance à la vénération de cette déesse phénicienne, et la prostitution sacrée y est même pratiquée. La ville représente un haut-lieu sacré et un centre de pèlerinage qui lui permet d’éviter toute hostilité avec les villes voisines, dans le cadre de l’amphictyonie.

C’est en 205 av. J.-C. que Syphax, roi des Numides, s’installe à Cirta. Celui-ci est rapidement vaincu par Massinissa qui fait de Cirta la capitale du royaume Numide: le Regum Numidiae. Cirta est rapidement colonisée par les grecs et est qualifiée de « ville splendide ». Sous Micipsa, héritier de Massinissa, de nombreux palais et fortifications sont construits. A sa mort, le partage du royaume entre ses trois héritiers Adherbal, Hiempsal et Jugurtha pose très rapidement un problème. Cirta est alors divisée en plusieurs camps avant d’être assiégée en 112 av. J.-C. par Jugurtha, qui assassine successivement Hiempsal et Adherbal. Enfin reconnu comme maître de toute la Numidie, Jugurtha entame une guerre contre l’armée romaine, durant laquelle Cirta doit se rendre (108 av. J.-C.).

Annexée à l’empire romain (Antiquité: Ier av. JC-IIIème)

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Sittius, sous Jules César, occupe Cirta à partir de 46 av. J.-C. : la ville ainsi que tout le reste de la Numidie se trouve sous contrôle romain et est annexée à l’Africa Nova.

En 40 av. J.-C. elle devient une colonie julienne et à la demande de Jules César change son nom enColonia Julia Cirta. Cette colonie sera divisée en deux régions géographiques : une partie à l’autre Cirta (algérienne), et l’autre renforcée à Cirta.

Entre 36 et 27 av. J.-C., de nouveaux colons les Siccensis, descendants de vétérans marianistes et de Jules César, apparaissent. Afin de ne pas confondre les deux colonies maintenant bien distinctes, la ville est renommée Sicca, mais aussi appelée « Cirta Nova » ou « Cirta Sicca ». Officiellement, son nom complet est Colonia Julia Veneria Cirta Nova Sicca. Le territoire officiel s’étende sur une très vaste superficie et est au centre d’un important carrefour routier sur la voie reliant Carthage à Cirta (Constantine). Le temple d’Ashtar qui symbolise l’amour et la femme est converti en son équivalent romain: Vénus. Celui-ci restera en activité pendant plus de quatre siècles.

visiter-histoire-la-sourceLa ville se développe rapidement avec la création d’importants complexes thermaux, de forums et divers monuments. Les pièces de théâtre et autres jeux de cirque font de Sicca une ville active culturellement, symbolique de l’Antiquité. D’importants travaux de mosaïques ont été retrouvés, ce qui laisse imaginer une présence artistique forte. Du côté technique, de grandes avancées ont lieu, comme la mise en place d’un réseau d’évacuation des eaux de Ras el Ain (toujours utilisé aujourd’hui). Une élite intellectuelle composée de politiques, littéraires et scientifiques nait à Sicca. Entre autres, on peut citer Q. Iulius ou Nepotianus.

La prospérité et le dynamisme de la ville sont néanmoins dérangés au milieu du IIIème siècle, du temps des « trente empereurs usurpateurs », de la révolution berbère d’Aradion et le massacre de Celsus (en l’an 256) par les citoyens.

Le Christianisme à l’époque byzantine (IIIème-IVème)

L’arrivée du christianisme en Afrique du Nord est partiellement due à Tertullien et à sa lutte pour la reconnaissance aux alentours de Carthage. Il faudra attendre un siècle plus tard, à partir du IIIème, pour que Sicca Veneria devienne le siège d’un évêque rattaché à l’Eglise catholique romaine. De nombreux évêques comme Patrice (348) jusqu’à Candidus (VIIème) font la gloire de l’évêché à Sicca.

Un célèbre défenseur du christianisme, Arnobe, anime entre 284 et 305 une école de rhétorique. Les jeunes venaient d’autres villes voisines pour assister aux cours, ce qui lui apporte un énorme succès. Les élèves les plus brillants, dont Lactance (l’un des plus célèbres apologistes), partent en Europe poursuivre leur travaux. C’est de cette façon que plusieurs régions françaises furent évangélisées.

Devenue un site de l’arianisme, christianisme non reconnu officiellement, Sicca accueille plus de quatre mille déportés catholiques au Vème siècle. Cette période vandale prend fin quelques décennies plus tard pour laisser place aux troupes byzantines. Sous cette influence, Sicca devient une ville bénie, « Sikka Beneria ».

La conquête arabe (VIIème-XIème)

visiter-histoire-arabisationLes armées arabes mettent pied sur le territoire tunisien dès 648, et Sicca connaîtra sa première invasion en 688. Elle est renommée Chaqbanariya (Sikka Beneria en arabe) par les conquérants.

Cependant, la conquête définitive de Sicca se fait après la chute de Carthage avec la fin des campagnes de Moussa ibn Noussayr. En 788, elle représente le dernier territoire de résistance des Berbères Kharéjites.

La ville se retrouve au milieu de la chute des Aghlabides en 909, de la révolte d’Abi Yazid et d’autres guerres civiles. Elle ne se déclare indépendante du gouverneur ziride qu’en l’an 1051, lors de l’invasion des tribus Béni Hillal. Finalement, la ville passe successivement entre les mains des Klaâ (1159), l’Arménien Qaraqouch (1181), le Morabit Majorquin Ibn Ghaniya (1204, après un échec en 1200).

Très peu de sources et de textes ont été retrouvés sur les trois siècles suivants, mais il est laissé à penser que la grandeur et le prestige religieux de la ville n’en était pas moindre.

Une place forte dans l’époque moderne (XVI-XVIIIème)

Elle est finalement reprise à la fin du XVIème siècle par les Ottomans de Tunis. Devenue « El Kef » elle est regroupée avec d’autres territoires régionaux pour créer une entité nationale.Un premier fort y est construit et des conflits avec l’Algérie débutent au début du XVIIème siècle. Ainsi, elle assure la place forte de la Régence de Tunis contre l’Ouest.

visiter-histoire-sidi-makhloufLa ville connaît entre le XVIIème et le XVIIIème une prospérité économique et urbaine jamais connue. D’un point de vue culturel et religieux, elle est également en plein essor, avec la formation d’ordres confrériques et maraboutiques. A la fin du XVIIIème siècle, elle devient une vraie métropole sainte et plus de cent coupoles de marabouts (telle que la mosquée de Sidi Bou Makhlouf) apparaîtront, ainsi que les grandes confréries du Maghreb. Le Kef est aussi le foyer d’une importante communauté juive (600 personnes à l’époque).

En 1705, la dynastie husseinite de Ali Turki, originaire du Kef, est amenée au pouvoir après d’autres conflits  avec l’Algérie. Le Kef demeure au cœur des longs conflits entre les partisans de Hussein bin Ali et Ali Bacha. Les fortifications de la ville sont considérablement renforcées, afin d’assurer sa place forte. Elle connait une défaite qui mene à sa destruction et son désarmement, mais elle se relève au début du XIVème siècle. Son intégrité et son indépendance seront finalement ravivées après d’écrasantes victoires sur Alger.

De l’occupation française à nos jours (XIXème-XXIème)

visiter-histoire-occupation-francaiseEn 1864, la ville connaît une répression aveugle et est au milieu d’une grande révolte des tribus ounifa de la région contre le pouvoir beylical. Elle finit par connaître un déclin démographique après les calamités de 1864 qui s’aggravera avec l’occupation militaire française. Le 12 mai 1881, le Traité du Bardo est signé et le protectorat français est instauré.

Lors de la Seconde Guerre Mondiale, la ville agit en capitale provisoire du pays. Toute la région représente le centre du militantisme politique et syndical. Le leader Habib Bourguiba la choisit comme sa résidence car il aime s’identifier à Jugurtha, ancien Roi des Numides.

Erigée au statut de municipalité dès 1884, l’une des premières dans le pays, le Kef devient le centre administratif de la région. Un quartier français moderne y est construit avec de larges rues, des écoles et des hôtels. En 1882, la fameuse Basilique Saint-Pierre est restaurée.

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Le 20 mars 1956, le pays est déclaré indépendant, le Traité du Bardo est révoqué et l’occupation française prend fin. Aujourd’hui, la ville compte 41 580 habitants (2006), elle est répartie sur deux délégations et elle est le chef-lieu du gouvernorat du Kef. Le patrimoine historique, culturel et architectural de la ville n’est plus à démontrer, et il ne cesse de bénéficier de programmes de mise en valeur.

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